Annie ERNAUX

annie-ernaux.jpgL’autre fille

La collection ” Les affranchis” demande à des auteurs d’écrire la lettre qu’il n’aurait jamais écrite. Annie ERNAUX a choisi d’écrire à sa sœur qu’elle n’a jamais connue puisqu’elle est morte quelques années avant sa naissance et dont on ne lui avait jamais parlé;alors qu’elle a une dizaine d’années, Annie ERNAUX surprend une conversation au cours de laquelle sa mère explique à une cliente qu’elle a eu, et perdu, une première petite fille.

Ce deuil les a rendus, elle et son mari, inconsolables, d’autant plus que la mère évoque cette enfant avec douleur et admiration, allant jusqu’à dire qu’elle est morte “comme une sainte”. Annie, que personne n’a remarquée, entend ce qui est pour elle une révélation tout à fait inattendue : c’est un choc.

 ” T’écrire, ce n’est rien d’autre que faire le tour de ton absence.” 

“Je suis venue au monde  parce que tu es morte et je t’ai remplacée” 

“Je n’écris pas parce que tu es morte. Tu es morte pour que j’écrive, ça fait une grande différence”

” Ils se protégeaient eux aussi par leur silence. Ils te mettaient hors d’atteinte de ma curiosité, qui les aurait déchirés. Ils te gardaient pour eux, en eux, comme dans un tabernacle dont ils me défendaient l’accès.” 

Voici quelques exemples de la force et de la densité de l’écriture d’Annie ERNAUX. Ses phrases sont courtes et percutantes, tout le récit tourne autour de la question ; est ce que l’on peut exister à la place de quelqu’un?

Ce texte est profondément douloureux et humain,  tout est dans l’absence et les non-dits.

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