Journal à deux de Paolo Barbaro

barbaro.gifDans un couvent de Padoue dont il entreprend la rénovation, Dario, le géomètre, écrit : «[…] j’ai idée que ce qui compte ce sont plutôt les fissures que les pierres. » Mots prémonitoires pour cet homme sceptique que sa rencontre avec sœur Adriana, la supérieure, mènera au bout de lui-même. À l’insu l’un de l’autre, tandis que se poursuivent relevés et travaux, chacun des deux tient un journal de plus en plus intime, à l’écoute d’une fragilité faite d’angoisse et de grâce.

La maladie de Dario, le renoncement d’Adriana seront les deux visages, inquiétants et sublimes, d’une même conversion. Leurs voix qui, d’abord discordantes, semblent se rejoindre au fil des pages, inscrivent dans cet autre corps qu’est le livre une polyphonie abrupte, évoquant les figures primitives de Cimabue ou de Giotto.
     S’interdisant tout vain prestige, la langue de Paolo Barbaro, où alternent concrétion et clarté, cerne au plus près les fluctuations intérieures des personnages.
  Journal à deux dont les voix, d’abord discordantes, semblent se rejoindre au fil des pages. Cela nous vaut un superbe récit à deux voix, où la rencontre de l’Autre fait ressurgir la question de l’identité.  Paolo Barbaro n’est pas un romancier classique. Narrateur minutieux et lent, il n’hésite pas à sacrifier l’action au climat, les situations aux sinuosités psychologiques. Son style est dépouillé, limpide, c’est comme une promenade poétique à travers deux cœurs, deux âmes. A lire,  aussi très lentement, de préférence dans un coin calme de la campagne.    Journal à deux reste un des romans les plus ambitieux de Paolo Barbaro, tant par l’écriture que par la recherche formelle.
  
 

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