Elif Shafak

la-batarde.jpgLa bâtarde d’Istanbul

Voici l’histoire de deux familles dans les dernières années du XXe siècle. L’une, les Kazanci, est turque et vit à Istanbul ; la seconde, arménienne, les Tchakhmakhchian, s’est installée à San Francisco après le génocide.

 

 

Chez les Kazanci, les femmes sont de grandes amoureuses, des hypocondriaques ou des fortes en gueule, et les hommes n’atteignent pas les quarante ans. Chez les Tchakhmakhchian, on est prude, religieux, excepté Rose qui abandonne son époux pour se remarier avec un Turc, surtout pour “faire râler” son ex belle famille. Lorsque la fille de Rose, Armanouch, se rend à Istanbul pour y rencontrer la famille de son beau-père, elle se lie d’amitié avec la plus jeune des Kazanci, Asya, celle que l’on appelle la « bâtarde ». Au cours du séjour d’Armanouch beaucoup de secrets seront mis à nu, et pas des moindres! 

L’intrigue est complexe, les personnages nombreux et très attachants, ils sont tantôt drôles, tantôt émouvants. Ce roman est un prétexte à nous raconter, à travers l’histoire de ces deux familles, l’histoire récente de la Turquie, pays en mal d’identité, coincé entre l’Europe et l’Asie, rejeté par la première et ne voulant pas s’intégrer à la seconde… La Turquie est le dernier morceau de ce qui fut l’Empire ottoman qui domina tout le Proche-Orient pendant sept cents ans. Mais les turcs refusent cet héritage puisque la Turquie moderne est née en 1923 avec l’avènement de la république. Donc les Turcs refusent de reconnaître le génocide arménien, et les Arméniens ne peuvent guérir de leur histoire douloureuse sans cette reconnaissance.

Réconciliation possible ? Haine irréductible ?
Le roman pose la question, ce qui, en soi, est encore aujourd’hui une démarche ardente, pleine de risque, puisque l’auteure, Elif Shafak, dont il faut saluer le courage, a été traduite devant la justice turque et n’a dû son acquittement qu’au soutien massif de personnalités de tous pays.

Extraits:

« Armanoush Tchakhmakhchian regarda le caissier de la librairie empiler dans son sac à dos, pendant qu’ils attendaient l’acceptation de son paiement par carte de crédit, les douze romans qu’elle venait d’acheter. Quand il lui donna le reçu, elle le signa en évitant de regarder le montant total de ses achats. Elle avait encore dépensé un mois d’économies en livres ! C’était une véritable papivore ; un trait de caractère qui ne lui valait rien de bon, puisqu’il était sans intérêt pour les garçons et qu’il contrariait sa mère qui espérait la voir mariée à un homme fortuné. »                               …………..

« Tu sais, le mot FIN n’apparaît jamais quand tu termines un livre. Ce n’est pas comme au cinéma. Quand je referme un roman, je n’ai pas l’impression d’avoir terminé quoi que ce soit, si bien que j’ai besoin d’en ouvrir un autre. »

Elif Shafak est née en 1971 à Strasbourg, de parents Turcs. La plus grande romancière turque de ces dix dernières années. 

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