Chahdortt Djavann

Mme DjavannComment peut-on être Français

Roxane arrive à Paris.
Comme bagage, elle n’a que son enthousiasme, sa naïveté, son désir et sa rage d’apprendre le français. Elle veut devenir française par la langue.

Mais la langue française se révèle implacable, une compagne infidèle. ” Quelle belle garce cette langue, la plus belle. Quelle belle grâce cette langue, la plus belle. “……….
« Pour chaque mot, il fallait une humilité et une patience infinies ; il fallait l’approcher lentement, délicatement, pour l’amadouer ; il fallait le comprendre, le comprendre vraiment, le dire et le redire, le laisser entrer en soi, le garder en soi, tel un gage précieux. Telle une promesse de vie. ….elle ne voulait pas seulement parler cette langue, elle voulait que la langue parle en elle.»
Elle se découvre un confident mythique : Montesquieu. Elle se raconte et raconte le monde d’aujourd’hui à l’inventeur des Lettres persanes.  C’est à la fois pour briser sa solitude et améliorer sa maîtrise du française. Pour se justifier, elle considère Montesquieu comme son inventeur (« ne l’avait-il pas inventée, avant même sa venue au monde ? Peut-être même qu’elle n’aurait jamais existé réellement aujourd’hui si Montesquieu ne l’avait pas imaginée »). Comme la Roxane de Montesquieu, la Roxane de Mme Djavann est une insoumise, Réfugiée politique, elle refuse de fréquenter la communauté formée par les Iraniens de Paris, préférant la solitude à la compagnie de ses anciens compatriotes et redoutant, à juste titre, que cette communauté ne soit une prison aussi redoutable que celle qu’elle a fuie en fuyant l’Iran. Roxane est donc une rebelle, mais une vraie, pas une rebelle de pacotille à la manière conformiste du showbiz ou bien pensante des sciences de la société.     

Ce roman est un vrai petit bijou …on se délecte de la façon dont Roxane appréhende la langue française, elle en parle comme une amoureuse (qu’elle ne peut qu’être), la langue française étant l’objet de son désir. Bouleversant roman proche de l’autobiographie.
 C’est en même temps la révélation pour une jeune iranienne du monde qui sépare son pays d’origine et le nôtre. C’est une comparaison avec notre degré de bien-être et le leur. C’est un plaidoyer pour les femmes et les hommes qui ne connaissent pas la démocratie.
C’est un roman que je vous conseille de lire si vous aimez les mots. Merci Mme Djavann pour cette magnifique ode à la langue française !

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