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J. M. G. Le Clézio
Lauréat du prix Nobel de littérature en 2008, Jean-Marie Gustave Le Clézio est considéré comme l’un des plus grands représentants de la littérature française contemporaine. Ses racines, française, britannique et mauricienne, fondent son goût prononcé pour le voyage et l’univers singulier de ses écrits.
Lui qui passe sa vie à côtoyer et à faire connaître des civilisations menacées, comme celles des Amérindiens ou des Berbères, ne cache pas sa révolte face à la violence et à la bêtise du monde occidental, comme en témoignent Le Procès-verbal ou La Guerre. En quête d’une harmonie et d’un équilibre retrouvés avec la nature, Le Clézio choisit d’explorer un monde apaisé et des contrées lointaines avec des romans tels que le très applaudi Désert, qui évoque le peuple touareg, ou Le Chercheur d’or, récit initiatique ayant pour cadre l’île Maurice.
L’œuvre de J.M.G. Le Clézio, véritable hymne à la beauté et au partage, s’impose comme une réflexion nécessaire sur notre culture et une ouverture bénéfique à l’autre.
Une petite merveille que le dernier Le Clézio, paru début octobre, Ritournelle de la faim.
L’auteur y dessine un portrait attachant de sa mère, inspiratrice de l’héroïne du livre : Ethel, adolescente dans les années 30, toute jeune fille lorsqu’éclate la guerre.
La famille d’Ethel est dominée par la figure du père, Alexandre, venu de l’île Maurice à Paris dilapider sa fortune, celle de sa femme, puis celle de sa fille.
Le salon familial bruisse souvent de monde, des relations hétéroclites, de plus en plus marquées à droite à l’approche de la seconde guerre mondiale. La jeune Ethel y entendra des conversations antisémites.
Son adolescence est marquée par l’amitié avec Xenia, Russe blanche ruinée par la révolution, qui décide très jeune de rattraper par un beau mariage ses revers de fortune. Belle et moqueuse, Xenia glisse peu à peu vers un cynisme qui va la séparer d’Ethel.
Il y a aussi la figure du grand-oncle, M.Soliman, vieil homme bizarre qui achète le pavillon indien de l’Exposition coloniale (en 1931). Ethel rêvera longtemps de reconstruire la Maison mauve qui l’avait tant éblouie à cette Exposition, à partir des pièces démontées entassées dans le jardin du grand-oncle, derrière la gare Montparnasse.
Comment expliquer le charme indicible qui se dégage de ce livre de deux cents pages ? La magie tient pour une part à une évocation de Paris quasi-modianesque : de Montparnasse à l’ancien Vel d’Hiv, Le Clézio ressuscite des quatorzième et quinzième arrondissements délaissés des touristes, mais où l’histoire a laissé des traces parfois tragiques. Et puis, il y a la figure d’Ethel, rendue dans une langue légère, en petites touches sans pathos, pudique, horrifiée par la montée des fascismes, passionnée en amitié, fière et digne jusque dans la misère -une misère à connaître la faim, à se souvenir toute sa vie du goût du pain blanc, sur lequel le romancier ouvre son récit.
Sur le choix de ce magnifique portrait de femme, l’auteur s’explique ainsi, en extrême conclusion : “J’ai écrit cette histoire en mémoire d’une jeune fille qui fut malgré elle une héroïne à vingt ans”.